Lecture : Il était une fois les révolutions

il_etait_une_fois_1Commentaires à chaud –ou presque- du récit de Julie Gommes titré « Il était une fois les révolutions ». Pour commencer, et introduire l’ouvrage, l’exercice est curieux mais intéressant, et devient de plus en plus accessible à mesure de l’expansion des réseaux sociaux « ouverts ». J’entends par le terme d’ « ouvert » les réseaux qui permettent une interaction entre les membres, de façon non exclusive ; c’est le cas par exemple de Twitter, en opposition à Facebook (exceptions faites des pages de marques, ouvertement publiques). Ainsi, ma rencontre numérique avec Julie (@Jujusete) est relativement récente. Je la découvre dans l’environnement public et numérique des Telecomix et leurs sympathisants, et de la communauté Reflets et leur IRC où la porosité entre les deux entités est visible par quelques membres affichés et sans doute également d’autres de façon plus discrète. Une proximité numérique se créée, les uns suivants (« follow ») les autres, où le quotidien et les réflexions d’un instant se partagent et se commentent en fonction des actualités. A la différence de mes lectures antérieures où l’interaction avec les auteurs était inexistante, à la façon d’un échange « vertical », j’achète, je reçois, je lis, je garde ; à présent les interactions sont « horizontales », l’ouvrage se dessinant en amont de sa publication dans les pensées partagées, les expériences personnelles et professionnelles et la réalisation de celui-ci. L’expérience est saisissante et intéressante.

J’eus ainsi l’occasion de voir se dessiner puis de lire des ouvrages hétéroclites après avoir –en amont- déjà commencé à partager la « timeline » (vie numérique publique Twitter) publique de leurs auteurs : ainsi de Jean-Marc Manach (@manhack), journaliste, et de l’ouvrage numérique « Au pays de Candy » qui est une genèse journalistique de la vente et de l’exploitation des outils de surveillance numérique, sujet qu’il couvre depuis longtemps pour diverses rédactions jusqu’en débat à l’assemblée nationale ; ainsi de l’ouvrage d’Eric Freyssinet (@ericfreyss), officier de gendarmerie, sur la cybercriminalité ; ainsi de la nouvelle de Gordon (@gordontesos) – La Catatélie, « geek libriste hacktiviste » tel qu’il se décrit, qui s’échafaude tout doucement dans la durée, etc. Bref, d’enquête en fiction, lire les ouvrages après avoir lu en ligne leurs auteurs est une nouvelle expérience vivifiante. Et c’est ainsi que j’ai abordé le récit de Julie, par curiosité de la personne et de ses relations, plus que par compétence particulière dans le domaine abordé et raconté.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’un récit, de « brèves de vie », d’une journaliste, le quotidien, les états d’âme, les questions, les errements et les naïvetés d’une jeune femme au travers de l’Egypte, la Syrie, la Tunisie et les « Zinternet », à des périodes antérieures, contemporaines ou postérieures, des grands mouvements des « printemps arabes ». En attendant la livraison du bouquin après l’avoir commandé, je me suis interrogé sur ce qui pourrait m’intéresser sur cette complexe thématique, en plus des couvertures médias –traditionnels ou non- que j’avais pu lire des évènements. Et je crois que c’est l’angle pratique de la communication interne pendant les évènements, la remontée des reportages aux rédactions, qui m’intéressait. Comment en pays muselé cela se gère-t-il ? Comment la jeune journaliste appréhendait la technologie pour diffuser son information ? Savait-elle s’y prendre, avait-elle été sensibilisée ? Si non, comment est-elle passée au travers d’erreurs qui pourraient être dramatiques pour elle ou son entourage ? Comment les jeunes gens communiquaient, de l’intérieur, en ces circonstances, de quelles façons employaient-ils les réseaux ? Le mythe européen des réseaux libérateurs survivra-t-il au récit d’une réalité vécue de l’intérieur ? Comment s’est passé la connexion avec les Telecomix ? Comment est vécu le jour historique où le groupe détourne le trafic  syrien, de l’intérieur ? La puissance des évènements affadit-elle les relations humaines trop raisonnables ? La crainte d’un détournement des principes démocratiques tout juste acquis était-elle déjà envisagée ? Bref, à mesure que le bouquin se faisait désirer, mes attentes s’en trouvaient décuplées.

Et puis le livre arriva. Il s’agit des pérégrinations de Julie en 2011, achevé d’écrire en janvier 2012 : la « révolution » en Egypte, le début de la guerre civile en Syrie, et les premières élections suite à la « révolution » en Tunisie. Une année riche en évènements.

Récit d’Egypte en pleine révolution, janvier-février 2011 : les barrages de policiers aux interrogations kafkaïennes où toute réponse se retourne contre vous insidieusement, les injustices frappant la personne se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment, le quotidien d’expatriés vivant une révolution qui n’est pas la leur, avec toujours ce sentiment d’oubli de l’ambassade -inévitable à la vue des circonstances, le tabou d’Israël qui fédère par-delà tous les antagonismes nationaux au –delà de toute rationalité et qui justifie sans aucune nuance toute récupération historique,  le gâteau au rythme de coups de feux pour en exorciser la frayeur, la place Tahrir à la veille du référendum constitutionnel du 19 mars 2011… Des tranches de quotidien qu’on dirait saisies sur le vif. Je regrette parfois, en en respectant le choix de l’auteure, de ne pas savoir quelle identité se trouve derrière tel ou tel personnage relaté. Ainsi, le journaliste ayant senti la fin de l’ère Moubarak, qui la pressentait, mais ne la voyait jamais arriver, et qui pour des raisons professionnelles et matérielles parti pour l’Irak en ayant le sentiment de passer à côté d’une échéance inéluctable, à raison finalement ; le nom des autres journalistes étrangers –jeunes ou moins jeunes- qui couvraient ces évènements avec elle. Les phrases sont  brèves, miment presque la vitesse et la rapidité des évènements. Scènes vécues et racontées, au milieu de ces expatriés de toutes nationalités dans un pays en plein mouvement. On se laisse embarquer.

Fin Mars 2011, la Syrie, oubliée –déjà- des médias, le domino magrébin monopolisant toutes les attentions : Julie se lance, confronte sans doute ses rêves de journalisme à la réalité du métier. Car il faut la foi pour quitter Beyrouth en bus et se rendre sur le plateau du Golan. Récit du passage de la frontière : je n’aurais jamais soupçonné que c’était aussi simple ; l’auteure s’y présente sollicite sur place un visa, et passe – on se dit qu’il n’a fallu qu’un peu de chance, Julie jouant sur sa féminité pour cacher son matériel professionnel, la peur dans le « no man’s land », entourée exclusivement d’hommes. Apprentissage de Tor en cybercafé, en Syrie, avec « Omar », pour déjouer le pistage. Omar qui disparaît des réseaux, à qui elle adresse un an après une lettre ouverte, sans réponses. Julie a donc appris sur le tas les réflexes numériques, et je m’interroge : est-ce aujourd’hui enseigné en école de journalisme à défaut de ne pas l’avoir été à l’époque de la formation de l’auteure, les conférences et ateliers des membres et sympathisants Telecomix ne sont-ce que les seuls enseignements qui leur sont dispensés pour ceux qui se sentent désireux de s’y sensibiliser ?

L’école de la filature et contre-filature, comme un jeu. Sans jamais voir le méchant, le mukhabarat ; si on le croise c’est qu’il est déjà trop tard. Les opérations de saturation des réseaux, habilement montées par le régime en offrant des heures de communication gratuites ; les opérations de surveillance des groupes sociaux malicieusement rétablis quand toutes les sondes étaient en place (Nouvelles guerres de l’information : le cas de la Syrie, par Céline Pigot et Alexandre Durand, consultants, Novembre 2012, CEIS, Les notes stratégiques). Et puis le semblant de « normalité » malgré tout, pour les expatriés, même en Syrie, avec l’alcool et les conversations insouciantes au téléphone, puis l’expérience aidant les codes convenus à l’avance… La chance qui permet d’obtenir une carte SIM pour téléphone sans donner son identité, ou d’utiliser un ordinateur dans un cybercafé, jouant la touriste offensée, les conseils paralysants professionnellement mais prudents de la diplomatie française… Et puis la frayeur d’un interrogatoire inopiné, les intervenants disparaissant aussi vite qu’ils étaient apparus. Retour un an plus tôt sur des souvenirs syriens (2010), et Julie, aguerrie, comprend après coup ce qu’il se passait quand on l’interrogeait innocemment.

Tunisie, octobre 2011. Premières élections, le bal ennuyeux des journalistes couvrant tous la même chose. L’anecdote du téléphone mouchard, pour bien voter, et à présent interdit en ce jour de vote ; le même outil qui ironiquement a servi à coordonner et créer des synergies dans l’émancipation d’une population. Et Ennahdha déjà qui interpelle l’auteure avec ses « repas d’amis » non mixtes, augurant de l’avenir probable de cette révolution, où le baiser d’au-revoir de deux amoureux à l’aéroport est réprimandé. Le concert des relations humaines, trop fade presque, après de si puissants évènements et qui se distend usé par la réalité et les responsabilités, s’opposant à la pureté des ambitions « révolutionnaires ».

Les Zinternets. Retour de quelques mois en arrière, en été 2011. Julie découvre l’« Op Syria » et se fait questionner sur ses contacts. On s’apprivoise, on s’envisage, et les choses se font. Récits de ces conversations numériques, où le futile nécessaire des échanges côtoie les informations importantes, des liens virtuels se créent, des pseudos disparaissent… Les conseils de « Tomate », si précieux. Puis, le jour où Telecomix « appuie sur le bouton » pour forcer leurs avertissements à être visibles de tous. Les anecdotes des conversations en ligne, « mublisées » où le coup de feu chez l’un interpelle tout le monde et prêtant à des situations inédites. Et puis de nouveau les relations humaines qui ne peuvent résister à la teneur des évènements : trop de petites choses du quotidien rapetissent l’Histoire à une histoire, alors qu’on se désire tant acteur des évènements. Les Héros sont déchus, on aimerait connaitre leurs noms, et puis non finalement, on se contentera de ne pas savoir, que le mythe perdure. On finit curieux de savoir ce que disait le mail du Syrien disparu des réseaux et subitement réapparu. Ce récit a été finalisé en janvier 2012, un an après les « révolutions », la mort de Gilles Jacquier fait alors les titres. Julie se pose, termine cette année par l’écriture de ce récit, désireuse de passer à autre chose, professionnellement, humainement, sentimentalement.

A l’énoncé des questions que je me posais en attendant la livraison du bouquin, et auxquelles j’aurais souhaité lire des réponses, vous imaginez bien que je reste sur ma faim. Pourtant c’est un récit chronologique honnête me semble-t-il. L’auteure ne semble pas se mettre en scène, livrant sans fard ses gaffes, naïvetés et insouciances professionnelles. J’imagine qu’après coup elle aurait pu se donner plus de prestance, habillant la chance d’une expérience encore non acquise à ce moment là. Il est vrai qu’on sent la chance dans son parcours ; des situations auraient pu facilement dégénérer, des maladresses auraient pu s’avérer catastrophiques. J’ai un sentiment d’honnêteté journalistique dans la démarche, mais empreinte d’un grand amateurisme malgré tout. Pourtant « ju » est formée, diplômée, possède sa carte de presse. Elle n’a pas été mauvaise élève : c’est juste qu’elle n’a pas été formée à cela et qu’elle a du apprendre sur le tas. Elle a donc eu la chance de croiser les bonnes personnes au bon moment, la guidant et la conseillant à bon escient, surtout sur l’emploi des outils numériques, dans des contrées totalement surveillées. C’est inquiétant et témoigne d’une carence importante dans la formation des journalistes. Aujourd’hui Julie me confie qu’elle enseigne le b.a.-ba de la sécurité dans une école de journalisme, et une ONG, qui se sont déclarées désireuses d’apprendre de son expérience.

En relisant les passages où toute démarche d’acquisition de moyens de communication est tracée, je pense aux émirats arabes unis où j’ai eu l’occasion de passer il y a quelques temps. La contrainte y est la même, sans doute pour les mêmes raisons. L’internet y est nationalement filtré. L’actualité législative française, en écho à mes souvenirs et au récit ici parcouru, plaide souvent via ses députés pour un contrôle accru des communications, tout en vendant des technologies « duales » à ces pays surveillés. Il y a encore du boulot, et le « data love » universel reste pour l’instant une utopie. Et puis je m’inquiète de l’aseptisation de la mort dans nos médias « grands publics», qu’ils soient télévisuels ou non. Je pense tout récemment à la mise en garde du CSA à propos d’un reportage d’envoyé spécial montrant des images de cadavres à l’écran, je pense encore à la disparition de la couleur (le reportage basculant en « noir et blanc ») pour que le sang ne heurte pas trop les yeux des téléspectateurs dans un reportage sur les jeunes médecins (alors en opération chirurgicale). Il y a là un fossé énorme entre ceux qui vivent loin de toutes les horreurs du monde, ou tout simplement de la réalité, crue, et de ceux qui les côtoient –quelles que soient leurs professions. J’ai le sentiment que la majorité d’entre nous vit dans un monde aseptisé –par confort émotionnel- qui n’est pas réel, et que le réveil n’en sera que plus dur si cela devait un jour les rattraper. A l’heure où nos stratèges nationaux nous parlent de résilience, il y a là un décalage.

Quand je lis le récit de Julie, c’est la mort d’Olivier Voisin qui fait les titres, se télescopant avec la mort au Mali du 3e soldat français en écrivant ces lignes, un chasseur de première classe du 1er régiment de chasseurs parachutiste. Il est indécent de comparer les morts, toutes sont injustes, même lorsqu’il s’agit de professionnels des zones de crise. Pourtant, il y a -j’en suis sûr- une partie du même sentiment qui anime tous ces accros à l’adrénaline : « T’as sous tes yeux des gens qui écrivent l’Histoire et dans dix ans ça sera dans des bouquins (…) Toi tu y es. ». Ce même sentiment d’être aux premières loges de l’Histoire, au front, derrière une arme ou un appareil photo, ou à Paris ou en province, dans un studio pas rangé derrière un PC  à apprendre aux gens à se préserver.

 

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Publié par

Gof

Canard boiteux numérique ; juste intéressé, juste passionné.

9 réflexions au sujet de « Lecture : Il était une fois les révolutions »

  1. Hello & welcome back :)

    C’est avec plaisir que je viens lire chez toi, mais ça tu le sais déjà depuis pas mal de temps -enfin j’espère- :)

    Moi je me pose une autre question, non pas sur les technologies directement, mais la motivation finale. Je veux bien croire que l’adrénaline, la curiosité, les voyages soient de puissants aimants pour les reporter, journalistes et photographes, et autres « correspondants », cependant, je n’arrête pas de suspecter une certaine envie d’acquisition de notoriété surtout. Finalement, je me dis que, souvent, ces témoignages et autres récits trouvent un autre but que celui initialement prévu, l’information.
    Se servir de son vécu et ses souvenirs pour surtout publier, se faire un nom ou une réputation, et ensuite devenir un incontournable des plateaux télévisuels, chez les journalistes en particulier.

    Je remarque que quel que soit le type, ou sujet, de débats, j’y vois toujours les mêmes têtes, même s’il est vrai qu’aucune garantie quant à cette finalité n’existe. C’est un peu hors sujet, mais c’est la réflexion que je me suis faite en lisant cet article.

    Par ailleurs, je t’informe que je viens de reprendre et recommencer mon site perso (pas le blog qui va certainement revivre aussi).
    Comme tu le sais, mon orientation n’est pas la « rétrospective ». J’aime beaucoup plus la prospective, ou si tu préfères, essayer de prévoir ce qui nous attend à partir de l’existant.

    Bien content encore une fois de te retrouver sur tes pages.

    JoK

    1. Salut Jok, merci du commentaire :)

      Il me semble légitime de s’interroger sur les motivations finales des uns et des autres, professionnels des zones de crises. Pour ce qui est des journalistes et professions assimilées, il y a certainement -au delà du mythe de l’information, du reportage de guerre et de vivre l’évènement de l’intérieur- des cheminements personnels que l’on pourrait individualiser à chacun des intervenants. Les vocations -quelles que soient les professions finalement choisies- sont toujours l’ouvre d’un processus personnel, fait d’expériences personnelles, de fantasmes professionnels, et d’opportunités. Cela dit, il me semble qu’il est légitime aussi que les quelques rares professionnels à oser aller dans certaines situations le fassent savoir dans leur milieu. Entre professionnels, c’est sans doute l’un des meilleurs moyens de pérenniser financièrement leur travail. Les ‘free-lance’ doivent se vendre s’ils veulent vivre décemment.

      Pour autant, il m’apparaît réducteur d’assimiler l’ensemble des professionnels des zones de crises à une recherche stricte de notoriété journalistique. Bien souvent, nous ne découvrons le nom des journalistes couvrant les zones en crise qu’à l’occasion de leurs décès ; leurs images -photos ou vidéos- leurs articles, ne nous parvenant sinon sans que nous ne prêtions attention de qui ils sont. Cela me paraît regrettable, mais c’est comme ça (la règle des 5C: « c’est con, mais c’est comme ça »). Après, effectivement, peut-être que nous voyons souvent les mêmes têtes sur les plateaux TV. Mais peut-on réduire ces professions aux quelques visages habituels des plateaux TV ? Là aussi, ça me semble un peu réducteur. Cela fait un bout que je ne prête plus un crédit et une légitimité par défaut à la TV et ses programmes. J’imagine que toi aussi. Dans notre cas précis, je ne peux pas me faire la voix de l’auteur. Ce n’est que de l’ordre de mon ressenti. Je ne connais pas les motivations finales de l’ouvrage. Mais j’imagine que si cela n’avait eu qu’un but promotionnel de sa personne au sein du microcosme des correspondants, l’auteure se serait mis davantage en valeur en enjolivant certaines situations qui tiennent davantage de la chance que de l’anticipation. L’ouvrage m’a paru honnête, c’est pour cela que je n’y ai pas distingué le but promotionnel que tu envisages.

      Indépendamment des propos ci-dessus, j’en profite pour évoquer le Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre, qui chaque année ‘rend hommage aux journalistes qui exercent leur métier dans des conditions périlleuses pour permettre d’accéder à une information libre’ (Wikpedia), Générique de l’édition 2012. Et une interview disponible en ligne d’une légende du milieu, monsieur Patrick Chauvel. Une exposition qu’il avait montée m’avait beaucoup marqué, il s’agit de Peurs sur la Ville. En écho au terme de résilience que j’ai évoqué dans mon billet et de la notion d’aseptisation de la Mort dans nos médias, ce témoin des zones de conflit a imaginé transposé par photomontage ses photos dans notre quotidien, pour, pédagogiquement, rappeler la fragilité de notre quotidien en paix. Ce qui est important à mon sens de garder en tête est que l’époque que nous vivons est une incohérence en terme de durée de stabilité et de paix au regards de l’Histoire. (voir quelques photo montages de l’exposition). On a tendance à adopter pour acquis quelque chose qui n’est pas de l’ordre du ‘normal’ finalement…


      Teaser Bayeux 2012 par PrixBayeux

  2. Juste une petite réponse.
    Jesuis allée vivre en Egypte en septembre 2009, bien avant tout ça, donc. Je suis entrée en Syrie quelques jours apres le début de la révolution quand il n’y avait pas foule de journalistes sur place… Et je ne cours pas les plateaux télé. Mon visage et mon nom vous étaient certainement inconnus (et tant mieux) avant de lire ce billet que vous veniez de commenter.

  3. Bonjour à tous,

    La révolution égyptienne j’y était avant, pendant et après, je suis un expat lambda … ça plante le tableau.

    L’ambassade de France avant et aux moments des heurs : inexistant, injoignable d’Égypte comme de France, le zéro absolu !

    Israël dite vous, cet état/pays n’existe pas sur les cartes géographiques du pays, et ceux qui sont au courant qu’un tel état puisse exister les haïssent cordialement, bien entendu, je schématise grandement …

    Les journalistes, venant en au fait, à part au Caire : personne, même pas une ombre.
    Grosso modo, les journalistes américains, à part 1 de CNN … commençons par rentrer au state, ça chauffe trop, nos cartes de presses ne nous protègent plus, on commentera de la bas.

    Les journalistes européens : réfugiés eux même dans leur chambre d’hotel, tentant au plus de filmer la place Tahrir par un rideau à peine entre ouvert, journalistes de guerre dite vous … no comment

    Les seuls sur lesquels ont pouvait compter étaient ceux d’Al Jazeera, merci à eux.

    Je me rapproche du sujet :

    Cette révolution « spontanée » a été préparé de longue date part des cybers activistes, qui ont même été se former dans des camps spéciaux (non rien à voir avec les camps des talibans) à une révolution pacifique se servant principalement des sites des principaux mouvements sociaux dans le sud est asiatique. Ils n’étaient qu’une poignée et cette information m’a seulement été révélé aux cours d’échanges avec mes ami(e)s égyptiens bien après la chute de Moubarak. Inutile de vous dire ma surprise …

    Quant au pouvoir égyptien, ils n’a été capable que de faire le black out total sur les différents moyens de communications pendant 24/48 heures.

    Personnellement, la révolution égyptienne a débuté grâce a une poignée d’activiste civil en grand secret déjà 1 ou 2 ans avant les évènements de la place Tahrir !

    Je pense que sans les réseaux sociaux, elle aurait quand même eu lieu, plus tard, en faisant beaucoup plus de dégâts humains qu’elle en a déjà fait.

    Je n’ai jamais participé aux grandes manifestations de masse, car je ne suis qu’un expat et je pense que leur révolutions leurs appartenaient et qu’en plus, voire des européens dans les défilés desservait la nature de leurs revendications et alimentait ceux qui pensaient que les occidentaux étaient à la base de ce conflit Égypto-égyptiens !

    Les faits relatés ci-dessus n’engage que moi bien entendu !

    @+

  4. on voit que vous ne connaissez pas julie. s’il y a un mot qui ne la caractérise pas
    c’est bien le mot d’amateurisme. c’est quelqu’un qui est très professionnelle et qui d’ailleurs a fini major de sa promotion (bien qu’étant la plus jeune du groupe). vous êtes certainement loin d’avoir ses capacités.

    1. Bonjour, bonsoir,

      @Beetlejuice : Pour les propos de Beetlejuice, habitué de la Mare, je les lis mais ne les commente pas, manquant d’expertise pour les disséquer. Je prends cela comme un témoignage personnel d’un expatrié qui était sur place. Je ne peux dire ce qu’il en est/était.

      @rossignol : Merci d’avoir pris le temps d’apposer un commentaire. Il est vrai que je ne la connais pas personnellement. Nous conversons de temps à autre via les réseaux. Elle ne m’a pas tenu rigueur -je crois- du terme employé d’« amateurisme ».

      Pour situer le contexte, je ne suis pas un professionnel de la prose, et j’écris les choses comme je les sens. Cela n’a pas valeur d’objectivité et de vérité, mais de ressenti et de subjectivité (c’est le propre d’un blog). J’essaie de faire les choses proprement, avec le plus d’honnêteté. Lorsque j’emploie ce terme, il n’a pas pour moi de connotation dévalorisante ou négative, il traduit un ressenti à la lecture du livre.

      J’ai eu le sentiment -à tort ou à raison- qu’elle n’était pas toujours armée et préparée aux situations qu’elle a rencontrées, et que seule la chance de rencontres, de petits hasards, font que tout s’est finalement bien passé. Je ne dénigre pas son vécu personnel et professionnel -qui serais-je pour me le permettre ?- mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle n’a pas appris les éléments dont elle aurait eu besoin en situation. Par exemple, toute la partie d’apprentissage de la façon de communiquer et de transmettre les infos en ligne est en soi révélatrice je crois (appris sur le tas, grâce à une rencontre sur place). Et le fait qu’elle participe activement à présent à la formation de cet aspect des choses aux futurs professionnels traduit bien il me semble un déficit de formation originel qu’elle a -par elle-même- constaté, non ?

      C’est dans cette optique que le terme a été employé, et il ne se voulait aucunement dévalorisant. Bien au contraire. Je crois avoir souligné qu’il aurait été facile pour l’auteure d’enjoliver ou d’ « arrondir » des situations pour laisser croire qu’elle les avait anticipées et qu’elles étaient sous contrôle. Elle ne l’a pas fait me semble-t-il.

      Si j’avais pu mesurer que mon billet l’aurait blessée, sans doute que je ne l’aurais pas publié, par égard pour la personne. Je ne suis pas un organe de presse, et je fais ce qu’il me plaît. Or il ne me plairait pas de blesser gratuitement les gens, d’autres plateformes le font très bien :) Mais il s’avère que mon coup d’œil semble avoir été bien perçu par l’intéressée, je ne m’en suis donc pas inquiété. Elle ne m’a pas tenu rigueur du terme, d’« amateurisme », et peut-être même l’a-t-elle bien perçu dans le même sens que moi ? Ce serait à elle de le dire si elle a l’occasion de repasser.

      En tout cas, il peut me sembler opportun de me demander pourquoi ce terme et pas un autre, et de revenir sur une explication qui n’aurait peut-être pas été claire dans le texte d’origine ; en revanche inutile d’être plus ‘royaliste que le roi’. Pourquoi me reprocher quelque chose qu’elle ne m’a pas -jusqu’à présent- reproché ? ;)

      Un professionnel, quel que soit le secteur, n’est pas le meilleur parce qu’il était le meilleur élève de l’école, du cursus ou de l’université ; mais celui/celle qui sait s’adapter aux contraintes et répondre aux problématiques auxquelles son métier l’expose. Les deux éléments sont parfois liés, mais pas toujours.

      Je persiste donc à croire et penser qu’elle a eu beaucoup de chance dans certains situations, qu’elle est arrivée beaucoup plus amatrice qu’elle n’en est partie. Ou, autrement dit, que ces expériences l’ont rendu beaucoup plus professionnelle qu’elle ne l’était, tout major de promotion qu’elle était. :) [j’ignorais qu’elle avait été major, félicitations -avec du retard- juju ^^]

      Amicalement, Gof.

  5. Je te cite : « J’ai eu le sentiment -à tort ou à raison- qu’elle n’était pas toujours armée et préparée aux situations qu’elle a rencontrées » C’est par exemple très vrai pour la Syrie. Tant sur le plan de la sécu informatique qu’on continue de ne pas enseigner, que sur celui des contacts. Pas sûre s’il m’était arrivée qqch qu’oon s’en aperçoive tres vite…
    Donc là dessus tu as raison et non, je ne l’avais pas mal pris.
    Je m’étais préparée, mais on n’est jamais à 100% de se douter de ce qu’il peut arriver, là dessus, tu as raison… mais c’est aussi ça qui fait qu’on apprend ;-)
    @Rossignol : Merci, t’es gentil ;-)

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