Appétence de contrôle ?

Petit coup de bec spontané et impulsif en réagissant aux titres du jour, et en extrapolant outrageusement. Changement de paradigme ? L’actualité des chaines d’infos du jour est éloquente. Alors qu’il y a quelques années, l’annonce de systèmes automatisés, de techniques biométriques, de croisements de fichiers auraient suscité un rejet violent de la société (mais pas de nos législateurs), aujourd’hui au nom de la sécurité, de la vitesse ou encore de la chasse aux fraudeurs tout le monde semble s’en accommoder (sous financement des organisations internationales, ces procédés sont d’ailleurs abondamment développés au nom de la bonne gouvernance, dans d’autres contrées). Serait-ce de l’apathie, de l’inconscience, une forme d’habitude moins anxiogène à ces technologies, ou au contraire une prise de conscience ?

Ainsi, au nom de la sécurité routière, il est évoqué le fait de croiser les fichiers d’assurance, avec le fichier des cartes grises et les systèmes LAPI des forces de l’ordre. Certains évoquent aussi l’idée d’automatiser le croisement de ces fichiers avec la lecture de plaques d’immatriculation des véhicules ‘flashés’ par les bornes automatiques. Nous aurions encore nos portiques écotaxe (l’idée n’est pas fondamentalement enterrée, elle pourrait revenir rapidement), où la lecture des plaques était systématique quel que soit le véhicule pour un traitement discriminant a-postériori sur la base collectée, que certains auraient -à n’en pas douter- évoquer l’idée d’associer ce croisement de fichier des assurances avec cette LAPI sur portique plus complète en termes de volumes.
Au delà de l’assurance du véhicule, on pourrait imaginer la recherche des véhicules volés ou la position d’un véhicule recherché appartenant à un suspect sous surveillance. Cela existe déjà, mais ce n’est pas automatisé.
Dans certains pays, où de grandes cités sont reliées entre elles par des axes isolés et peu nombreux, les voies sont couplées à des caméras avec un système de LAPI intégré ; ainsi, le volume plus globalement, mais chacun des véhicules plus précisément, dans la cité, sont connus des autorités. La position de chacun est potentiellement connue ou presque.

Ainsi, au nom de la vitesse de contrôle et de la sécurité des usagers, comme cela se pratique sur certains vols et aéroports, l’idée retenue est le scan biométrique du visage et de l’iris à Cherbourg pour embarquer/débarquer plus vite (dispositif Frontières Intelligentes, supporté par le Conseil Européen). Pour que cela soit utile, il faut bien confronter le résultat d’un scan à une base globale, constituée sur volontariat pour l’instant, sur certaines compagnies aériennes et entités tierces testant le dispositif, obligatoires pour l’accès à certains pays.
Dans peu de temps, le système validé et accepté, j’imagine qu’on nous revendra la carte d’identité biométrique avec croisement de fichiers.  Fini le volontariat VIP de quelques uns auprès de quelques compagnies privées, l’ensemble ayant adopté le principe, il ne restera que quelques récalcitrants à contraindre. La base nationale existant ensuite, il sera possible d’étendre l’exploitation de ces données biométriques à des systèmes de contrôle privatifs moyennant location auprès d’une agence de données de l’État, occasionnant une manne financière supplémentaire au nom des coûts de maintenance de cette base nationale.
Il y a quelques mois, des hollandais et néerlandais avaient contesté la prise d’empreintes digitales pour leurs passeports biométriques, au prétexte que leur État ne donnait pas suffisamment de garanties quant à l’usage ultérieur qui en serait fait. La CJUE leur a donné tort, l’État n’a pas à leur fournir ces garanties…

Quelques exemples piochés dans l’actualité du jour, qu’on pourrait développer en extrapolant le devenir de la cité connectée où l’ensemble des objets de la ville et des individus interagiraient, laisse augurer de problèmes éthiques et complexes. De nombreux systèmes en devenir de gestion et de contrôle des foules dans la cité sont à l’étude depuis plusieurs années au sein de la communauté européenne, sous financement européen (pour n’en citer qu’un se référer à INDECT). On pourrait divaguer aussi sur toutes les améliorations supposées de l’expérience utilisateur que la vague des objets connectés de consommation vont dévoiler et susciter. Toutes ces technologies et ces dispositions législatives possèdent un effet cliquet, sur lequel il n’est quasi pas possible de revenir. C’est en amont, avant leur mise en place qu’il faut prendre le temps de se questionner.

Madame Michu s’en tape. Dans un monde en devenir, aseptisé, où l’absence de tout risque doit devenir une normalité à atteindre au nom d’intérêts collectifs et égoïstes, chacun se moque des conséquences de ses petites démissions et acceptations du quotidien.

Quant à la résilience de la Nation, elle ne sera plus qu’un mythe : lorsque la prise de risque n’existera plus, un frémissement sociétal suffirait à faire s’effondrer les fondations du vivre-ensemble, qui justifierait à sont tour dans un cercle vertueux -ou vicieux- un contrôle toujours plus grand.

C’est l’occasion de relire le livre Bleu du Gixel, épinglé par le BBA de 2004, en en riant un peu moins. We will see.

La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes (…) La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gène occasionnée. Là encore, l’électronique et l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche.

Complément du 12/10/2015 : «France wants all travelling EU nationals fingerprinted».

French authorities are calling for EU-wide rules requiring travelling EU nationals to give their fingerprints and possibly also have their faces scanned

Via EU Observer : https://euobserver.com/justice/130622

Publié par

Gof

Canard boiteux numérique ; juste intéressé, juste passionné.

Une réflexion sur « Appétence de contrôle ? »

Les commentaires sont fermés.