A la recherche d’OFRIN

whatisofrin_pictureQue signifie OFRIN ? Ou comment des abréviations peuvent résister aux recherches en ligne en 2015 ? Petit prétexte pour publier la genèse d’une recherche afin que d’autres prochains curieux puissent trouver l’information plus facilement. Et puis il est tellement improbable qu’une abréviation résiste autant à une recherche en ligne que c’en est indispensable ! ʽʽ Tu as quoi comme infos sur « OFRIN » ? ʼʼ Par ces mots malicieux via un obscur canal IRC un ami taquin avait décidé de contrarier ma nuit, juste avant que je ne décide à me reposer les yeux et les doigts. C’était finement joué, l’esprit déjà assoupi par l’avancée tardive de l’heure, je n’ai pas vu le piège se refermer. Me voilà appâté !

De quoi parle-t-on ?

Une abréviation consiste en un retranchement de plusieurs lettres et de chiffres. Un sigle est une abréviation formée par une suite de lettres qui sont les initiales d’un groupe de mots, dixit le Larousse. « O.F.R.I.N. » serait un sigle écrit comme ceci.

Dans la série Dire, ne pas dire de l’Académie française, il nous est rappelé qu’un acronyme est un sigle que l’on peut prononcer comme un mot ordinaire, au contraire de l’abréviation imposant d’énoncer chacune des lettres et chiffres indépendamment. Il perd ses points entre les lettres, et lorsqu’il est ‘lexicalisé‘ (entre dans l’usage commun), les majuscules disparaissent alors et le terme s’accorde comme un nom commun. Bon. OFRIN : a priori nous serions en présence là d’un acronyme, visiblement non lexicalisé.

Mon premier réflexe sera de chercher via divers moteurs de recherche, sans vraiment de succès. À part le retour de quelques groupes musicaux, rien de concluant. Je partirai même sur du frison occidental, avec « ôfrin » via le Wiktionnary, pas vraiment convaincu de cette piste. Mon ami taquin se moque de moi !

Un terme jamais remarqué mais communément utilisé

Pourtant, le terme est effectivement utilisé en mots-clés dans divers articles de médias français qui n’ont semblent-ils rien à voir entre eux. Ainsi, au hasard des recherches, il est bien apparent -par exemple- tant dans un article de Sciences et avenir sur une puce NFC à Strasbourg que dans l’évocation d’une offre financière d’achat de Telecom Italia dans le Nouvel Obs ou encore dans Challenges dans un article lié aux coûts de la cyber-criminalité. On le rencontre aussi parfois dans le lien ou la source de l’article, et non apparent au lecteur, à des fins manifestement de référencement, comme dans cet article de Capital lié au cyber-espionnage ou cette dépêche Reuters liée à un commentaire d’un officiel à l’occasion du FIC2015. Je pense spontanément à une forme de classification de la provenance de l’information, un peu comme OSIF, OSINT, etc. Mais je n’en trouve pas confirmation.

Mon ami me suggère « Organisation Française de Reférencements Insolites & Nuisibles », certainement heureux de me voir quêter une solution :-p Me voilà parti me coucher, frustré, sans avoir eu la réponse. Je m’étonne cependant qu’un terme finalement si communément utilisé -que je n’avais jamais remarqué- ne soit pas plus facilement disponible à une explication. Il y a là une curiosité que je ne m’explique pour l’instant pas. Après une courte nuit de sommeil et quelques litres de café, je n’avais toujours pas avancé.

Les bases de données et dictionnaires de sigles

J’appelle donc à l’aide via divers canaux IRC et contacts Twitter (notamment des journalistes) afin de voir si quelqu’un aurait l’explication, sans succès. J’épluche alors les différentes bases de données de sigles disponibles en ligne, en commençant par les premières indiquées par la page Wikipedia sur le terme de « sigle ». J’étends la recherche à d’autres sources trouvées, notamment les différentes bases indiquées par un site dédié aux abréviations. Échec encore.

Je décide donc de retourner à mon idée initiale d’une classification de l’information, et je me dis que peut-être des documents institutionnels pourraient m’aider. Via une recherche, j’épluche donc le Répertoire des abréviations utilisées dans les documents de référence interarmées, rien du tout non plus. Je pousse le vice jusqu’à jeter un coup d’oeil au Guide des sigles édité par la Fédération des établissements hospitaliers & d’aide à la personne et une liste des abréviations utilisées dans les ouvrages juridiques, qui m’ont été retournés par ma recherche. Toujours aucun élément et en parallèle, mes appels à l’aide en IRC et Twitter n’ont rien donné. Diantre !

Le secours vain des anciens astronautes

Je sais bien qu’une grande quantité de sigles échappe à leur classification publique, tant l’ajout de nouveaux termes est conséquent, les organismes publics en sont notamment friands (il suffit de regarder les différents « live-tweets » commentant le démarrage de CoRIIN en amont du FIC2015 pour se rendre compte qu’un guide presque universel et à jour est pourtant indispensable), mais de ne pas trouver qu’une petite amorce de piste, c’est un échec. D’aucuns, moqueurs, me suggéreront un vil complot des anciens astronautes, reptiliens et aliens… Cela m’a bien fait sourire, mais j’émets toutes fois quelques réserves :-D

Il serait rigolo d’imaginer qu’un potache ait imaginé un terme, pour l’apposer en mot clé, et voir la course de la concurrence au référencement œuvrer sur ce terme sans n’avoir aucune idée de ce qu’il veut dire. On aurait ainsi un mot parcourant le web, uniquement parce qu’il est présent chez les concurrents et qu’il ne faudrait pas le leur laisser. En effet, quel est l’intérêt de référencer un mot que personne ne chercherait ignorant sa signification ?

Plus sérieusement, en continuant de chercher, il me semble discerner que c’est surtout Reuters qui utilise cette classification, ensuite disséminée sur les plateformes tierces reprenant l’actualité évoquée initialement par Reuters. Cela semble aussi, au hasard de mes trouvailles, toujours lié aux technologies et logiques industrielles ? Pourrait-il s’agit d’une sorte de sigle désignant une information issue de la société sus-nommé dans la dépêche sous forme d’un communiqué officiel ? Rien ne me le confirme en l’état. Deuxième nuit sans réponse, cela comme à bien faire.

La piste des mots-clés « maison » de Reuters

Le glossaire disponible en ligne trouvé chez Reuters est lié au domaine financier et ne retourne aucun résultat, le guide du journaliste Reuters n’aide pas non plus (The Reuters Style Guide, une mine d’or sur la syntaxe et les régles d’écriture des dépêches de l’agence) ; les divers PDF d’aide, sans doute un peu anciens et plus dédiés à la recherche d’indicateurs financiers n’indiquent rien d’utile (Reuters Data Guide, Reuters Fundamentals Glossary). Mais la lecture de ces documents permettent de saisir que l’architecture sémantique des mots clés de Reuters est très complexe. Si le terme provient bien de la dépêche initiale de l’agence, puis se retrouve dupliqué ensuite sur les plateformes tierces -et clientes du flux, cela va être compliqué d’en déterminer la signification. Je tente alors ma chance directement sur les formulaires d’aide disponibles et forum aux questions sur les sites de support et de contact de Reuters.

En complément, après avoir consulté la page viadeo de l’entreprise et une liste publique des journalistes Reuters présents sur Twitter, pour trouver quelqu’un à qui m’adresser, je me permets également d’envoyer par mail la question à un journaliste français de Reuters France, Jeremy Baraquin, dont le profil LinkedIn confirme l’emploi auprès de l’agence. Le profil Twitter est actif, je me dis qu’il serait peut-être disponible à répondre à mon interrogation. Je trouve également d’autres noms susceptibles de pouvoir m’aider, mais je décide de patienter suite à mon premier mail pour ne pas importuner trop de professionnels à la fois, en croisant les doigts. Curieusement, la liste des journalistes disponible sur le blog Reuters semble ne pas comporter tout le monde, n’ayant pas retrouvé ceux, français ou francophones, vus via les autres vecteurs, précédemment évoqués. Je suppose qu’il s’agit des permanents du siège.

Appel à l’aide des professionnels de l’information

Faute de réponses, je décide alors de concentrer mes demandes d’aide sur les journalistes et leurs entourages techniques, toujours intimement persuadé qu’il s’agit d’une classification interne à Reuters. Je hèle alors quelques connaissances via Twitter et l’IRC. Je crains l’avancée tardive du vendredi et le départ en week-end de beaucoup de monde, qui retardera d’autant la résolution de mon souci :-/ Je tente aussi de joindre par mail et Twitter les « community manager » (Laetitia Guilbert et Adrien Thouvenel) de L’Obs, où j’ai trouvé de nombreuses mentions du terme « OFRIN », afin de maximiser mes chances.

Jean-Marc Manach, qui a la gentillesse de me répondre, me dit qu’il n’a pas d’abonnement au flux de depêche Reuters, mais que généralement les termes désignent le « circuit copie » qui a validé la dépêche, parfois l’acronyme d’un service ou les initiales d’un nom. Ces suggestions ne m’aident finalement pas beaucoup plus mais me confortent malgré tout dans l’idée que le terme recherché pourrait être un « tag » natif de Reuters. L’espoir renait après une prise de contact du support Reuters qui me demande un complément d’informations quant à ma demande. Requête « #51383 Keyword OFRIN (…) » en cours de résolution peut-être ?

Entre temps, une journaliste approchée par un ami et ses connaissances, celle-ci travaillant pour The Register et viEUws, lui fait savoir qu’elle n’a jamais entendu parler de ce terme. Il est vrai que d’après les petites recherches effectuées, je n’ai constaté cet emploi que sur des pages en français, tant sur le site de Reuters (France), que sur les plateformes tierces exploitant une dépêche en la contextualisant. Du coup, je me suis permis d’envoyer un mail directement à Yves Clarisse et Marine Pennetier, qui ont rédigé (ou édité) le texte d’une dépêche relativement récente et dont les noms apparaisent, sur le site de Reuters, et dans laquelle le tag recherché apparaît dans le code source de la page.

L’espoir me fera tenir une troisième nuit sans avoir eu la réponse -_- Quel est donc ce mystère d’un terme inséré, manifestement à des fins de référencement, peut-être de « copyright », et que personne ne connaît ?

Le quatrième jour ne me donnera pas plus d’éléments à creuser. Aucune réponse à mes mails précédemment envoyés et le support Reuters n’a pas pris en compte mon complément d’informations. Je tente encore quelques courriels d’appel au secours. J’ai trouvé d’autres termes, semblant toujours spécifiquement « France Reuters » et sans explication de signification ; en plus d’  « OFRIN », il faudra compter sur « OFRTP » et « OFRBS ». On y décèle une certaine cohérence syntaxique dont la logique m’échappe encore.

L’Oracle vient à mon secours

Cinquième jour, toujours pas de résolution en vue. J’espère que la reprise du lundi de demain « décantera » le problème avec la lecture des mails du week-end et des messages sur le support Reuters. Comme j’en ai quand même expédié un certain nombre, on peut espérer une réponse. Des connaissances du réseau ont eu également la curiosité titillée et sont aussi frustrés que moi de ne pas trouver d’explication valable :p

Neuvième jour, aucune nouvelle. Je tente ma chance sur l’Oracle Wikipédia, sur suggestion de Wawaseb, lui même conseillé par Emmanuel. Et j’obtiens ainsi des suggestions le 10e jour, grace à l’aide des « pythies » (c’est leur petit nom) de l’Oracle Wikipédia. Je m’empresse alors de les soumettre sur le support Reuters, ma requête (lien non public semble-t-il) étant restée ouverte mais sans réponse. Brian Moss m’a corrigé un terme proposé et m’a répondu en ces termes : « these are internal codes used to route articles to various Thomson Reuters products ». A ma demande de savoir s’il existait un guide public de ces codes internes, il m’a répondu par la négative.

Finalement…

Au final, grace aux curieux de Wikipédia et à la confirmation de Brian Moss, nous pouvons considérer que les éléments signifient ceci :

  • O : Online
  • FR : France/French
  • IN : Innovation
  • TP : Top News
  • OE : Insolite/OddlyEnough
  • SP : Sport
  • BS : Business
  • OFRIN : Online French INovation
  • OFRTP : Online French Top News
  • OFRBS : Online French BusinesS

10 jours pour trouver ces éléments, je n’aurais jamais pensé galérer autant sur des mots clés via Internet en 2015, très étonnant. Je m’y suis sans doute mal pris. Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me répondre, même par la négative. Merci à tous ceux qui m’ont filé un coup de main à chercher les termes, en relançant des recherches par eux-mêmes de leur côté. Je regrette l’absence de toute réponse de certains professionnels sollicités, c’est assez décevant.

 

Quelques bases de données de sigles, abréviations et autres, évoquées ou non directement dans le texte :

Spécifique à Reuters

 

Source de l’illustration, par geralt (sous cc0).

Le billet en PDF.

Les pythies de l’Oracle Wikipédia qui m’ont dépatouillé de ce souci : NexRezzo, IntraLucide, Olivier Hammam !